vendredi 29 octobre 2010

Qu'est-ce que l'Athéisme?

Propos liminaire


Après avoir défini ma conception de la philosophie, je souhaite dès à présent traiter de l'Athéisme et opérer un véritable retour aux sources. Si beaucoup se disent Athées, combien parmi-eux connaissent réellement toute la portée de cette philosophie? L'Athéisme se distingue tant de la croyance que de l'incroyance: c'est une tabula rasa.


Être Athée, c'est accepter l'émerveillement.


Qu'est-ce que l'Athéisme?


L'Athéisme sera défini négativement et positivement.




I. Définition négative de l'athéisme


Avant d'entreprendre une définition essentielle de l'Athéisme, je souhaite de prime abord distinguer l'Athéisme des idéologies dont il se distingue substantiellement. Cette distinction me paraît nécessaire dans la mesure où les critiques dirigées à l'égard de l'Athéisme partent d'une confusion sur l'essence même de cette doctrine. Ainsi, l'Athéisme est souvent confondu avec une pluralité d'idéologies: l'anticléricalisme, le scepticisme, le dogmatisme, le scientisme, l'agnosticisme et l'incroyance.


  • L'Athéisme contre l'anticléricalisme
L'Athéisme se distingue très nettement de l'anticléricalisme en ce que, d'une part, il promeut l'ouverture d'esprit et que, d'autre part mais consubstantiellement, il récuse toute forme de sectarisme. Or l'anticléricalisme est une idéologie fondamentalement intolérante et perverse puisqu'elle rejette violemment toute interpénétration entre le phénomène religieux et la société. L'Athéisme ne confine pas, contrairement à nombre d'idées reçues, au rejet de la religion: l'Athéisme existe en-dehors de la religion. L'Athéisme est justement isolé du phénomène religieux. La religion n'a aucune incidence ni même aucune emprise sur l'Athéisme. Et si l'Athéisme peut évidemment conduire à une critique de la religion, sa finalité n'est pas de s'opposer à la religion et au clergé. En ce sens, l'Athéisme est certes en-dehors du phénomène religieux mais il est également au-delà de celui-ci.

  • L'Athéisme contre le scepticisme
Si l'Athéisme consistait à refuser toute vérité stable, alors l'Athéisme n'aurait en lui-même rien de certain. L'Athéisme n'est pas non plus formellement opposé au scepticisme car la doctrine sceptique trouve écho dans la méthode Athée. Et si l'Athéisme refuse d'admettre le scepticisme comme une fin en soi, c'est manifestement parce qu'il en fait un moyen et qu'il l'intègre pleinement dans sa méthode. L'Athée se doit dans un premier temps de tout remettre en cause, y compris son propre Athéisme. Cette étape est nécessaire. Elle permet d'évacuer les préjugés, les conceptions fallacieuses et les raisonnements trop imbus de leur perfection pour être bien fondés. Ainsi, l'Athéisme dompte le scepticisme afin d'en faire un instrument au service de la seule vérité.


  • L'Athéisme contre le dogmatisme
De par sa nature, l'Athéisme est la négation la plus radicale du dogmatisme. Il se distingue en effet tant du scepticisme que du dogmatisme. Mais à la différence de la doctrine sceptique, le dogmatisme ne fait l'objet d'aucune forme d'appropriation par l'Athéisme. En réalité, l'Athéisme naît de la volonté de séparer la vérité du dogme à partir du critère d'identité qui lui-même se décompose en deux branches fondamentales: l'ipséité et l'eccéité. À titre d'exemple, considérer que 2 + 2 = 4 ou que le support fonctionnel de la vue chez l'homme est l'œil n'est pas un dogme. C'est une vérité car, contrairement au dogme, elle repose sur une réalité invariable et constatable. La vérité obéit d'une part à l'ipséité (du latin: la chose en elle-même) car elle est constante et immuable, et d'autre part à l'eccéité (du latin: ici) car elle est réelle et vérifiable. Le dogme, s'il est évidemment immuable, ne possède toutefois pas l'eccéité. Il repose dans le vide de l'abstraction, dans l'imagination métaphysique. Dès lors, l'Athéisme est un anéantissement du dogme et une consécration du réel. L'Athéisme est un retour à la réalité.


  • L'Athéisme contre le scientisme
La dérive scientiste est peut-être la plus dangereuse pour l'Athée car elle est d'autant plus aisée que destructrice. Oui: la Science est un émerveillement et l'Athée risque tristement de succomber à sa beauté au point de la pervertir dans sa nature. L'Athéisme considère la Science comme un moyen fondamental et donc indispensable. Évidemment, la tentation est grande d'ériger ce moyen en fin. Cependant, du point de vue de l'Athéisme, la Science est une discipline objective, neutre et dénuée de tout sens moral ou éthique. Il serait donc totalement absurde d'ériger la Science en finalité et cela ne pourrait se faire sans l'affubler de caractéristiques qui ne lui sont pas intrinsèquement propres. En conséquence, la Science serait détournée et dénaturée tandis l'Athéisme perdrait toute sa substance en ne devenant finalement qu'une forme de croyance parmi tant d'autres. Il y aurait là une négation manifeste de sa nature et l'Athéisme cesserait d'être.


  • L'Athéisme contre l'agnosticisme
L'agnosticisme est une doctrine hautement corrompue en ce qu'elle induit, de par sa nature, une forme de relativisme plus ou moins prononcée. Ce qui distingue irréversiblement l'Athéisme de l'agnosticisme est, en substance, que l'agnostique n'établit aucune différence formelle entre la vérité et le dogme. Or en s'abstenant de reconnaître toute forme de vérité (ou de dogme, puisqu'ils sont confondus), l'agnosticisme entre en contradiction avec sa propre doctrine. En effet, la volonté de ne point admettre de vérité constante et immuable est bel et bien un dogme et peut-être le plus grossier de tous. L'Athéisme, en ce qu'il opère une distinction radicale entre ce qui relève du domaine de la vérité et ce qui relève du dogme, est fondamentalement et intrinsèquement opposé à l'agnosticisme et plus généralement à toute doctrine relativiste.


  • L'Athéisme contre l'incroyance
Il est courant de constater que l'Athéisme est confondu avec le fait de croire en l'inexistence du divin ou, plus radicalement, de ne pas croire en la divinité. En vérité, il y a là un amalgame considérable. L'Athéisme n'est ni l'antithéisme, ni l'incroyance. L'Athéisme se situe en-dehors du schéma mental de la croyance surnaturelle. Et c'est en ce sens qu'il n'est pas une simple croyance. De fait, l'Athéisme n'est pas une doctrine nihiliste. L'Athéisme n'opère aucune inversion des valeurs. L'Athéisme n'oppose pas la Terre au Ciel, le monde naturel au monde surnaturel, l'immanent au transcendant, le phénomène au noumène... L'Athéisme est une philosophie moniste, elle est un retour à la réalité. Par conséquent, l'Athéisme ne saurait être confondu avec l'incroyance puisque situés à des degrés de pensée différents.




II. Définition positive de l'Athéisme


Après avoir brièvement montré en quoi l'Athéisme pouvait se distinguer d'un certain nombre de doctrines ou de schémas de pensée, je me propose désormais de considérer l'Athéisme en tant que philosophie à part entière afin d'en révéler les principales caractéristiques. L'Athéisme se caractérise par le rejet de l'anthropomorphisme, le retour au réel et la finalité pratique.


  • L'Athéisme, une négation de l'anthropomorphisme
 L'Athéisme se caractérise par un rejet de toute connaissance dérivant de l'anthropomorphisme, c'est-à-dire de cette tendance qui consiste à calquer à l'objet que l'on cherche à étudier des attributs ou des comportements spécifiquement humains. La connaissance bien-fondée doit être objective et ne reposer que sur des éléments vérifiables. Elle doit se détacher de la spéculation métaphysique qui érige des systèmes rationnels complexes à partir de dogmes totalement subjectifs et arbitraires. En ce sens, l'Athéisme est une arme contre les discours sophistiques et spéculatifs. En rejetant l'anthropomorphisme, l'Athéisme rejette également tout anthropocentrisme: l'homme, aussi complexe soit-il, n'est ni le centre de l'univers, ni le centre de toute connaissance. Dès lors, l'Athéisme se propose de bâtir la philosophie autour du réel, de la réalité et du monde pris dans son entière diversité.

  • L'Athéisme, un retour au réel
 Le retour au réel consiste en une vision moniste du monde et de ses objets. L'essence de la réalité est une et indivisible: elle est la réalité prise en tant qu'elle-même. L'Athéisme conçoit le monde selon ce principe d'unicité qui est le seul garant du critère de vérité des choses. Il n'y a rien à opposer à la réalité elle-même. Certes, la complexité du réel est susceptible de décourager quiconque prétendrait en une vie vouloir en décrire tous les ressorts, mais cela ne doit nullement nous pousser à imaginer un degré de réalité supérieur qui serait susceptible d'apporter quelque lumière dans les apparentes ténèbres du réel. Songeons un instant à ce mélange de beauté et de complexité qu'est, par exemple, le vivant. L'Athéisme se propose de connaître le vivant sans jamais recourir à une forme de réalité qui lui serait supérieure, car la complexité même du vivant suffit infiniment à la curiosité et à l'émerveillement. Il en va effectivement de même pour tout ce qui compose l'univers, et même de l'univers pris dans sa globalité. L'Athéisme est donc aux antipodes du nihilisme, du relativisme et du dogmatisme. Ainsi, le retour au réel est le fondement même de la philosophie Athée.
  • L'Athéisme, une philosophie pratique
La finalité pratique est au cœur de l'Athéisme. Que serait, en effet, une connaissance dépourvue d'intérêt? Et inversement, que serait une connaissance produite dans la seule finalité pratique? C'est dans cet équilibre que se situe toute la doctrine Athée. La connaissance bien-fondée s'acquiert par l'habile conjugaison de l'esprit critique et de l'esprit de synthèse. Originellement, la connaissance doit être objective, froide et impersonnelle. L'Athéisme s'inscrit dès lors dans une quête de sens à partir de la seule réalité objective. Ainsi, l'Athéisme est une philosophie dont l'humilité vis-à-vis du monde l'amène à élaborer une morale, une éthique et une politique de l'immanence afin de conduire l'Humanité vers un degré de sagesse et de perfectionnement toujours plus élevé.

6 commentaires:

Adriane a dit…

Merci Pierre-Alexandre d'avoir contribué à m'éclairer sur ce sujet.

H de K a dit…

Intéressant !

Pamplemouss a dit…

La construction et le jargon utilisés tromperont peut-être du monde, mais cet article est moins un exposé ou une définition de l'athéisme qu'une simple apologie. Le fait est permis, il est juste dommage qu'il se dissimule si souvent sous un semblant d'objectivité.

"De par sa nature, l'Athéisme est la négation la plus radicale du dogmatisme."

Entre l'athéisme et l'agnosticisme, le plus dogmatique des deux est l'athéisme. L'athée croit en l'inexistence du divin bien que celle-ci n'a pas encore été prouvée - si une telle démonstration est un jour possible. L'agnostique a au moins le mérite d'accepter les limites des connaissances humaines.

L’agnosticisme est la conclusion logique de l'esprit critique et une composante essentielle de l'esprit scientifique. L'athéisme est une foi matérialiste et comme toute foi peut mener à l'intolérance. Le célèbre biologiste athée Richard Dawkins est un exemple actuel. Autre biologiste célèbre, l'agnostique Stephen Jay Gould - disparu depuis 2002 - me paraît avoir une vision plus sage avec son concept de NOMA.

Pierre-Alexandre Dutot a dit…

Or vous n'avez pas compris que ma conception de l'athéisme se distingue de l'incroyance. Ainsi, être Athée, ce n'est pas ne pas croire en Dieu, c'est penser par-delà Dieu.

Anonyme a dit…

Athéisme : n.m. (1555 de athée) Attitude ou doctrine de l'athée. V. Incroyance, irreligiosité, matérialisme - Doctrine de ceux qui nient l'existence d'un Dieu personnel.

Le Robert

Anonyme a dit…

@Anonyme (2 juin 2012 14:29)
Ce n'est pas parce qu'un terme est décrit de telle manière dans un dictionnaire qu'on doit s'y tenir, comparer les mêmes définitions de mots dans plusieurs dictionnaires différents et vous remarquerez des dissonances. Rappelez-vous d'urgence le mot "subjectivité" (utilisez votre dictionnaire si vous y tenez)